Pierre Bonnard et le lien fascinant entre lui, les impressionnistes et les éventails

Khu Khu Pierre Bonnard and the Fascinating Connection between Him, the Impressionists and Hand-fans

Feuille d'éventail, Femme et fleurs, Pierre Bonnard, 1895

Tout le monde adore la Tate Modern. L'ancienne centrale électrique de Bankside, avec sa façade spectaculaire et son intérieur évidé, constitue l'écrin idéal pour abriter l'impressionnante collection d'art moderne qu'elle contient. Actuellement exposée jusqu'au 6 mai (alors dépêchez-vous d'y aller !), ne manquez surtout pas l'exposition consacrée à Pierre Bonnard. Bonnard était l'un des membres fondateurs du groupe post-impressionniste de peintres avant-gardistes Les Nabis et son œuvre de jeunesse fut fortement influencée par le travail de Paul Gauguin, ainsi que par des artistes japonais tels que Hokusai. Ce qui intéresse KHU KHU chez lui, c'est la façon dont ces influences, ajoutées aux autres tendances et modes de l'époque, ont fait de lui l'un des artistes marquants de la fin du XIXe et du début du XXe siècle à peindre des feuilles d'éventail, qu'elles soient montées ou non.

Au début de la carrière de Bonnard, vers la fin du XIXe siècle, l'éventail était revenu à la mode après une période de déclin. Accessoire séduisant mais facultatif au milieu du siècle, il était devenu un accessoire de garde-robe indispensable pour accompagner l'extravagance et l'élégance exceptionnelle des tenues à la mode entre 1885 et 1914. En France, on vivait la Belle Époque et des éventaillistes parisiens comme Duvelleroy développaient une pléthore de styles liés à la haute couture, vendus à l'international. Et bien que certains des peintres d'éventails les plus célèbres de l'époque, comme Madeleine Lemaire, aient déploré une perte de qualité due au nombre massif d'éventails produits en Europe, à l'augmentation des modèles théâtraux et commerciaux, ainsi qu'à une montée en flèche des importations asiatiques de qualités variables, les éventails de haute qualité, innovants et anciens étaient considérés comme des objets d'art et d'histoire de plus en plus importants. (1) Cela était dû en partie à leur apparition lors d'expositions artistiques majeures, ce qui les a fait entrer dans le domaine des beaux-arts. Presque tous les artistes français éminents se sont essayés à la peinture sur éventail à un moment donné de leur carrière, notamment Manet, Degas, Monet, Pissarro, Bonnard, Gauguin, Morisot et bien d'autres.

Pourquoi les feuilles d'éventail de ces artistes étaient-elles peut-être moins considérées que leurs œuvres majeures sur toile ? Un problème tenait à la catégorisation. S'agissait-il d'œuvres d'art ou d'artisanat ? Il semble que même celles peintes sur papier avec l'intention de le rester aient été classées comme arts appliqués ou design car liées à un objet artistique. Deuxièmement, il y avait la question du genre. L'éventail était perçu comme un objet féminin et n'était donc tout simplement pas pris au sérieux dans le monde des beaux-arts dominé par les hommes. Plusieurs femmes peignaient des éventails à l'époque, tant professionnellement qu'en amateures, ce qui semble avoir relégué à une importance secondaire les feuilles d'éventail des artistes masculins respectés par rapport à leurs autres œuvres (il semble que tout n'était pas si « Belle Époque » !). De plus, la question du commerce entre en jeu. Pour l'artiste en difficulté, la popularité de l'éventail signifiait peut-être une vente facile auprès de clients privés et de collectionneurs. Degas, par exemple, pensait peut-être que ses thèmes sur le théâtre et la danse constitueraient un investissement commercial sûr pour les femmes fortunées de l'époque, sans pour autant accorder à ce travail la même importance qu'à ses peintures sur grand format. Ce qui nous amène à la dernière raison : peut-être que parce que l'éventail était un objet si populaire, les feuilles d'éventail ont perdu l'exclusivité associée à une toile ou une sculpture ; il restait sans doute « un sentiment persistant d'art commercial. (2) »

Ce qui est intéressant, c'est de porter un regard du XXIe siècle sur ces œuvres, en éliminant les préjugés liés au genre et en adoptant une approche plus proche de celle de William Morris ou du Bauhaus (l'idée que les mondes des beaux-arts et du design peuvent être placés sur un pied d'égalité). Ces feuilles d'éventail devraient être traitées au même titre que les autres œuvres contemporaines des impressionnistes et post-impressionnistes qui les ont peintes. Bien que nous ne puissions savoir si les artistes les plus démunis accordaient moins d'estime à ces œuvres pour des raisons pécuniaires, nous pouvons voir, à travers la variété des techniques et des applications de Degas, que son intérêt pour cette forme était sincère. Et pourquoi Gauguin aurait-il continué à peindre des feuilles d'éventail durant ses années de succès, alors que l'argent n'était plus un problème ? Et pourquoi ne pas simplement peindre un motif agréable au lieu de relever le défi des contraintes compositionnelles et techniques uniques du format éventail, comme tant d'autres l'ont fait ? Non, je suis convaincue que ces peintures d'éventail sont de magnifiques œuvres d'art qui parviennent à atteindre l'objectif des impressionnistes et des post-impressionnistes : capturer les moments fugaces de leur monde moderne, sur ce qui était, en fin de compte, l'objet par excellence de cette époque.

Hand-Fan project with characters among the trees by Pierre Bonnard (1867-1947)

Éventail, Projet avec personnages parmi les arbres, Pierre Bonnard, 1894, Musée d'Orsay

Hand Fan Leaf, Dancers on the Stage by Edgar Degas, c. 1879, pastel with ink and wash on paper, Norton Simon Museum

Feuille d'éventail, Danseuses sur scène, Edgar Degas, vers 1879, pastel avec encre et lavis sur papier, Norton Simon Museum

Camille Pissarro 1830 - 1903 HAND-FAN LEAF / ÉVENTAIL: FOIRE DE LA SAINT-MARTIN, PONTOISE Signed C. Pissarro and dated 81

Feuille d'éventail / Éventail, Foire de la Saint-Martin, Pontoise, Camille Pissarro, 1881

Hand-Fan Leaf Aréaréa (éventail), Paul Gauguin, 1892

Feuille d'éventail Aréaréa, Paul Gauguin, 1892

Hand-Fan Leaf, Paysage, Édouard Manet, 1881

Feuille d'éventail, Paysage, Édouard Manet, 1881

RÉFÉRENCES

1) FANS, Avril Hart et Emma Taylor, V&A Publications, 1998

2) FASHIONED TEXTS AND PAINTED BOOKS, 19th CENTURY FRENCH FAN POETRY, Erin E. Edgington, University of North Carolina at Chapel Hill, 2017

3) FANS, Helene Alexander, Shire Publications, 2002

Si vous parlez français et que cela vous intéresse, vous pouvez acheter un livre intitulé « Éventail Impressionnisme » que j'aurais adoré lire à ce sujet, mais hélas, mon français scolaire ne me permet pas tout à fait de lire de la littérature française, zut.

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